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Lettre 636·XIX, folios : 270 271
Simiane, Jean-Baptiste de, abbé de Saint-Sernin
M. de Gordes
Lettre non liée
Date non renseignée
Apt
Chambéry
,

Transcription

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Monsieur, il y a long temps que je n’ay eu aucune commodité de vous
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escrire, et avec ce, la paresse et négligence qui est en moy naturelle
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est tellement crue et augmentée que je ne puys escrire ny faire rien
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autre, et pource je vous supplie très humblement m’avoir pour excusé.
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Ayant à ceste heure le moyen d’escrire à madame la contesse de
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Grignan, je luy envoye ceste despeche et la prie vous la faire tenir
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par la voye du Montelimar. J’ay receu votre lettre escrite à Grenoble
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le XXVIIIme de novembre, dont j’ay esté très ayse entendre que
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vous et madame de Gordes continués tousjours en bonne santé,
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dequoy j’en loue Dieu et le prie vous y conserver bien longuement.
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Par sa grâce, nous sommes tous par deça en mesme estat. Vous n’aurés
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pour ce coup point de lettres de madamoyselle de Caseneufve ny de
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monsieur d’Apt qui est à Gargas, et vous contenterés que je vous
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dye qu’ilz se portent fort bien et mes petis neveus et nièce aussi.
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Je suys bien marry qu’il samble que vous mettiés en doubte votre
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voyage par deça pource que vous voyés les afferes assés amborroillés
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et en doubte. J’escry à notre frère, monsieur d’Évènes et à mon neveu
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de Laval. S’il vous plait, mes lettres seront mises dans la première
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despeche que vous leur ferés. J’escry aussi à monsieur d’Ayguebelle.
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S’il est là à Grenoble, quelcun de voz gens luy pourra bailler ma
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letre et luy en demander response ; et s’il n’y est, l’un de voz secrétaires
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la luy pourra faire tenir à Saint-André de Cousans ou à Upays ;
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que sera l’endroict où je me recommanderay bien humblement à
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votre bonne grâce et à celle de madame de Gordes, en priant
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Dieu, Monsieur, qu’il vous doint la sienne et en parfaicte santé longue
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et contante vie. D’Apt, ce XIIme décembre 1572.
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Votre humble et obéissant frère.
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Baptiste de Simienne
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Monsieur, il y a jà assés de jourz que monsieur d’Alemaigne,
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ne pouvant venir passer ici, m’envoya seurement la
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lettre que vous m’escriviés du Montélimar le XX octobre
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[v] par la quelle et aussi par ce que en la votre dernière
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m’avés escrit de votre main, je reconnoy bien la grande, entière
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et fraternelle amitié que vous m’avés tousjour portée ; et
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d’autant plus suis-je extrememant, et plus que ne vous scaurois
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dire, marri et desplaisant que je ne puis vous contanter
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et satisfaire ; et premièrement à madamoyselle de
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Casaneufve et si je le pouvois faire sans offenser Dieu
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et combatre ma conscience, je le fairois plus voluntierz
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et de meilheur cueur que chose que j’aye jamais fait,
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mais vous savés fort bien que nous devons préférer
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l’honneur de Dieu et la satisfaction de noz consciences
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à tout ce qu’est en ce monde. Les exemples de tous ceux
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qui contreviennent à la volunté de Dieu et furieusement
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violentent leurz consciences ne me meuvent en rien. Un
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seul qui creit à Dieu est plus à estimer que une infinité
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de ceux qui se rebellent contre Dieu. Je ne doute pas que
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vous et plusieurz mes proches parans ne soyés grandemant
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en peine par ma personne et mes biens, mais aussi je ne
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suis rien en moindre peine et ennuy pour voz âmes, vous voyant
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en très mauvais chemin et voye du salut d’icelles, ce
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que je vous supplie ne prandre en mauvaise part. Quant
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à mon abbaye, vous en fairés comme vous samblera pour la
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sauver, espérant que vous fairés que celluy à qui la
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fairés bailler m’en faira telle et si raisonnable condition
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que je pourray m’en contanter. Si je suis frustré de
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mon espérance, Dieu me donnera pacience et me faira
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la grâce de dire dominus dedit, dominus abstullit, sit
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nomen domini benedictum. Je me recommande encores
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ce coup très humblement à votre bonne grâce.
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